La Guerre Ecologique Décisive

La Guerre Écologique Décisive (GED) est la stratégie d’un mouvement qui a trop longtemps été sur la défensive. C’est le cri de guerre de personnes qui refusent de perdre une bataille de plus, le dernier ressort d’un mouvement isolé, coopté, et las de ne jamais voir la fin des batailles légales et des blocus.
L’information dans la stratégie GED est un dérivé de stratégies militaires, et tactiques manuelles, d’analyse des mouvements de résistances historiques, d’insurrection, et de libération nationale. Les principes planifiés dans ces pages sont acceptés à travers le monde comme les principes solides d’une guerre asymétrique, ou un des camps est plus puissant que l’autre. Si aucun combat n’a jamais été asymétrique, celui-ci l’est.

Les stratégies et tactiques expliquées dans la GED sont enseignées à des officiers militaires dans des lieux tel que la Military Academy à West Point pour une simple raison : elles sont extrêmement efficaces.

Quand il était en procès en Afrique du Sud en 1964 pour ses crimes contre le régime de l’apartheid, Nelson Mandela a dit « Je ne nie pas avoir planifié des actes de sabotage. Mais je ne les ai pas planifiés dans un esprit de témérité, ni par amour de la violence. Je les ai planifiés après avoir constaté calmement et sobrement la situation politique qui se présentait après beaucoup d’années de tyrannie, d’exploitation et d’oppression de mon peuple par les blancs. »

Nous vous invitons à lire cette stratégie, et à entreprendre cette même constatation calme et sobre de la situation qui nous fait face. Le temps nous est compté.

Les Quatre Phases de la Guerre Écologique Décisive

Phase I : Mise en contact et Mobilisation

Préambule

Dans la phase une, les résistants se concentrent sur l’organisation de réseaux et la construction de cultures de résistance pour maintenir ces réseaux. Beaucoup de sympathisants ou de potentielles recrues ne sont pas familiers avec les stratégies et actions sérieuses de résistance, ainsi des efforts sont fait pour diffuser cette information. Mais actuellement, la clef de cette phase est de former des organisations à ciel ouvert et en sous-terrain (ou au moins un noyau) qui va effectuer un recrutement organisé et planifier des actions décisives. La culture de la sécurité et la culture de la résistance ne sont pas vraiment développées sur ce point, ainsi des efforts extraordinaires sont fait pour éviter les erreurs inutiles qui conduiraient à des arrestations, et à dissuader les informateurs de collecter et transmettre les informations.

La formation des militants est la clef de cette phase, particulièrement avec des actions peu risquées (mais efficaces). Les nouvelles recrues deviendront les combattants, manageurs, et meneurs des phases ultérieures. Les nouveaux activistes sont initiés à la philosophie de la résistance déjà forgée, et les activistes confirmés se laisse influencer par les nouveaux afin de ne pas tourner mal ou de ne pas prendre de mauvaises habitudes. C’est le moment où le mouvement de résistance s’organise et devient sérieux. Les gens mettent leurs besoins et conflits personnels de côté afin de former un mouvement qui peut combattre pour gagner.

Dans cette phase, les personnes isolées se rencontrent pour former une vision et une stratégie pour le futur, et établissent le noyau de la future organisation. Bien sur, le réseau se met en place avec des mouvements de résistance orientés qui existent déjà, mais la plupart des organisations ne sont pas prêtes à adopter une position militante ou intransigeante à l’égard de ceux au pouvoir ou des crises auxquelles ces personnes sont confrontées. Si possible, elles devraient être encouragées à prendre des positions plus adéquates à l’ampleur des problèmes qui sont à portée de main.

Cette phase est déjà en cours, mais beaucoup de travail reste a faire.

Objectifs

  • Construire une culture de résistance, avec tout son héritage.
  • Construire des réseaux de résistance à ciel ouvert et en sous-terrain, et assurer la survie de ces réseaux.

Opérations

  • Les opérations sont généralement des actions peu risquées, afin que les personnes puissent être entrainées et suivies, et puissent soutenir le réseau mis en place. Ces actions entrent principalement dans la catégorie de maintien et de mise en forme.
  • Un maximum de formations et de recrutements est très important à ce moment. Plus tôt les personnes sont recrutées, plus grande est la confiance qu’on peut avoir en eux et plus nous avons du temps pour évaluer leurs compétences pour des actions plus sérieuses.
  • Les opérations de communication et de propagande sont aussi requises pour sensibiliser et diffuser l’information à propos des tactiques et stratégies utiles, et sur la nécessité d’organiser des actions.

Organisation

  • La plupart des organisations de résistance dans ce scénario sont encore des réseaux diffus (vagues, imprécis), mais ils commencent à s’étendre et à s’unir. Cette phase vise à construire l’organisation.

Phase II – Sabotage et action asymétrique

Préambule

Dans cette phase, les résistants pourraient tenter de perturber ou de mettre hors d’action des cibles en saisissant des opportunités. Pour la majorité des parties, il est nécessaire de mettre en place des réseaux souterrains et des compétences qui n’existent pas encore pour atteindre un plus grand nombre de cible. Les résistants peuvent viser des cibles particulièrement flagrantes comme des centrales à charbon ou des banques qui exploitent les gens. Pendant cette phase, la résistance doit se focaliser sur ses pratiques, et sonder les réseaux ennemis et leurs sécurités, et accroître le soutien pendant la construction de réseaux organisés. Dans ce futur possible, les Cellules souterraines ne tentent pas de provoquer une répression plus puissante que ne l’est leur capacité de réseaux naissants à y faire face. Par ailleurs, quand de sérieuses répressions ont lieu et que le recul est nécessaire, ils se retirent vers la première phase qui met l’accent sur l’organisation et la survie. En effet, un grand nombre de reculs sont à prévoir à cette phase, indiquant un manque de règles basiques, de structures et de signaux clairs sur la nécessité de se rabattre sur quelques-unes des priorités de la première phase.

Le mouvement de résistance dans ce scénario comprend l’importance des actions décisives. Dans les deux premières phases ils n’insistent pas sur les actions directes, mais pas parce qu’ils se retiennent. C’est parce qu’ils travaillent du mieux qu’ils peuvent en mettant un pied devant l’autre. Ils savent que la planète nécessite leurs actions, mais comprennent que ce n’est pas en agissant imprudemment et hâtivement ou en créant des problèmes auxquels ils ne sont pas préparés, que ça lui rendra service. Cela conduirait uniquement à un coup de fouet au moral et des déceptions. Ainsi leur mouvement agit de manière aussi sérieuse, rapide et décisive que possible, mais fait en sorte de laisser les bases dont il a besoin pour être vraiment efficace.

Plus il y a de personnes qui rejoignent le mouvement, plus ils travaillent dur et plus ils sont entrainés, plus vite ils peuvent passer d’une phase à l’autre.

Dans ce futur alternatif, les activistes, notamment à ciel ouvert, s’engagent dans plusieurs tâches importantes. Dans un cas échéant, ils font progresser l’acceptation et la normalisation de plus de militants et tactiques radicales. Ils soutiennent verbalement le sabotage quand il se produit. Des groupes de défense plus modérés utilisent les événements de sabotage pour critiquer ceux au pouvoir d’avoir échoué à mettre en place des mesures face aux questions cruciales comme le changement climatique (plutôt que de critiquer les saboteurs). Ils soutiennent que le sabotage n’aurait pas à avoir lieu si la société civile donnait une réponse raisonnable aux problèmes sociaux et écologiques, et profitent de cette opportunité et ses répercussions médiatiques pour apporter des solutions aux problèmes. Ils ne s’allient pas à ceux au pouvoir contre les saboteurs, mais soutiennent que la situation est assez sérieuse pour en venir à ces actions légitimes, alors même qu’ils ont personnellement choisi un parcours différent.

A ce niveau là du scénario, plus de groupes de base et de radicaux continuent à établir une communauté de résistance, mais aussi établir des organisations discrètes et des institutions parallèles. Ces institutions s’établissent elles-mêmes ainsi que leur légitimité, elles mettent en relation les communautés, et en particulier prennent des mesures pour trouver des relations en dehors de la « bulle activiste » traditionnelle. Ces institutions sont aussi focalisées sur l’urgence, le désastre qui se prépare, et le fait d’aider les gens à faire face à l’effondrement imminent.

Simultanément, les activistes à ciel ouvert organisent les gens pour la désobéissance civile, la confrontation de masse, et d’autres formes d’actions directes appropriées.

Quelque chose d’autre commence à arriver : les organisations à ciel ouvert établissent des coalitions, des confédérations, et des réseaux régionaux, conscients qu’il y aura plus d’obstacles sur leur route. Ces confédérations maximisent le potentiel de l’organisation à ciel ouvert par le partage des matériaux, de la connaissance, des compétences, des programmes d’apprentissage et ainsi de suite. Ils prévoient aussi d’améliorer leur stratégie, et de s’engager dans des campagnes persistantes et planifiées au lieu de se contenter d’une organisation réactive ou qui aurait pour mot d’ordre « œil pour œil… ».

Objectifs

  • Identifier les cibles individuelles prioritaires et s’engager. Ces cibles sont choisies par ces résistants parce qu’elles sont plus réalisables ou pour d’autres critères de sélection des cibles.
  • Donner un entrainement et une expérience réelle du monde aux responsables qui seront nécessaire pour atteindre les gros objectifs et grosses structures. Même les actions décisives ont une portée et un impact limité dans cette phase, bien qu’un bon choix du timing et des cibles permet des gains significatifs.
  • Ces opérations exposent aussi les points faibles dans le système et démontrent la possibilité matérielle de résister, et inspirent d’autres résistants.
  • Établir publiquement la justification de la résistance matérielle et la confrontation avec le pouvoir.
  • Établir des organisations concrètes à ciel ouvert et des institutions parallèles.

Opérations

  • Des opérations décisives limitées mais croissantes, combinées à des opérations plus durables (pour soutenir des organisations qui demandent un plus gros soutien logistique) et des opérations en concrétisation continues.
  • Dans les opérations de supports décisifs, ces hypothétiques résistants sont prudents et intelligents. Les responsables nouveaux et inexpérimentés ont tendance à vouloir prouver leur courage, donc ils choisissent uniquement les opérations avec des résultats garantis; ils savent qu’à ce niveau ils y a toujous de plus grandes actions à venir.

Organisation

  • Il est nécessaire d’avoir des cellules sous-terraines, mais bénéficier de plus grands réseaux sous-terrains. A ce point le recrutement s’accroit.
  • Les mouvements et réseaux à ciel ouvert prolifèrent comme ils peuvent, surtout depuis que le travail à venir requiert une gestion significative du temps pour développer les compétences, les communautés et ainsi de suite.

Phase III – Perturbation des systèmes

Préambule

Dans cette phase les résistants se libèrent des objectifs individuels pour s’adresser aux systèmes industriels, politiques et économiques dans leur entier. La perturbation des systèmes industriels nécessite des réseaux sous-terrain organisés dans un style hiérarchique ou paramilitaire. Ces plus grands réseaux émergent des précédentes phases avec la possibilité de porter plusieurs actions simultanées.

La perturbation des systèmes vise à identifier les points clés et les failles dans les systèmes adverses (électrique, transport, finance, etc…) et les amener à s’effondrer ou réduire leur fonctionalité. Cela ne peut être fait en une fois. Ces systèmes industriels sont énormes et peuvent être fragiles, mais sont ramifiés plutôt que compacts. Des repérages sont effectués. Les membres de la résistance en sont conscients. La perturbation efficace des systèmes nécessite un programme pour des actions continues et coordonées à travers le temps.

Dans ce scénario, la partie à ciel ouvert ne progresse pas tant qu’elle reste dans ce système routinier. D’un autre côté, pendant que les systèmes économiques et industriels mondiales sont perturbés de façon croissante (à cause de la chute des systèmes économiques capitalistes, désastres naturels, hausse du prix du pétrole, des sols, de l’eau, ou d’autres raisons) le soutien par les communautés locales augmente. Les perturbations de livraison d’électricité et de produits manufacturés font augmenter l’intérêt pour la nourriture locale, l’énergie locale, et autres. Ces perturbations permettent aux gens de faire face plus facilement à l’effondrement complet à court/long terme, des gains à long terme, même quand l’humain est concerné.

Dimitry Orlov, un des principaux analystes de l’effondrement Soviétique, explique que la nature dysfonctionnelle du système soviétique préparait les gens pour sa désintégration éventuelle. En revanche, le fonctionnement harmonieux de l’économie industrielle provoque un faux sentiment de sécurité afin que les gens ne soient pas préparés, ce qui aggrave l’impact. « Après l’effondrement, on regrette de ne pas avoir eu un secteur de la distribution peu fiable, avec des pénuries et des files d’attentes, parce que les gens auraient été forcé d’apprendre à bouger pour eux-mêmes au lieu de rester à attendre que quelqu’un vienne les nourrir. »[18] Les organisations et les institutions à ciel ouvert sont bien établies par cette phase de ce scénario alternatif. Ils continuent à réformer, à se concentrer sur le besoin urgent de justice, relocalisation, et de communautés résilientes, sachant que le système dominant est injuste, non fiable et instable.

Bien sur, dans ce scénario, le militant modifie sa vie de tous les jours ce qui provoque un contre coup, qui survient parfois après un changement superficiel, mais surtout après un travail profond de toute instance. Les activistes à ciel ouvert sont les combattants de front contre l’autoritarisme. Ceux sont les seuls qui peuvent mobiliser une vague populaire, qui est indispensable pour empêcher le fascisme.

En outre, ces activistes à ciel ouvert utilisent les systèmes perturbés comme des occasions de renforcer les communautés locales et les institutions parallèles. Les gens ordinaires sont encouragés à apporter leur soutien à des alternatives de production locale dans les sphères économiques, politiques et sociales. Lorsque la tourmente économique cause la baisse de l’emploi et l’hyperinflation, les gens sont employés localement pour le bénéfice de leurs communautés et leurs terres. Dans ce scénario, alors que les gouvernements nationaux autour du monde sont de plus en plus étranglés par les crises (comme la montée du cours du pétrole, pénuries alimentaires, chaos climatique, etc…) et échouent de plus en plus à subvenir aux besoins des gens, des conseils directement démocratiques et locaux commencent à prendre le dessus sur les administrations de base et les services d’urgence, et les gens redirigent leurs impôts vers ces entités locales ( peut-être comme une part de non-coopération générale contre ceux au pouvoir). Cela arrive au même moment que l’intervention d’urgence de la communauté et les mesures de préparation aux désastres déjà entreprises.

Dans ce scénario, à chaque fois que ceux au pouvoir augmentent l’exploitation ou le totalitarisme, les résistants à ciel ouvert appellent les gens à retirer leur soutien à ceux au pouvoir, et à de le transférer vers des corps politiques locaux et démocratiques. Ces institutions parallèles peuvent faire un meilleur travail que ceux au pouvoir. Les relations inter-démographiques établies dans les phases précédentes aident à garder les structures politiques locales justifiées, et à rallier le soutien de nombreuses communautés.

Tout au long de ces phases, des efforts stratégiques sont faits pour augmenter les contraintes existantes sur les systèmes économiques et industriels causés par l’inflation du cours de pétrole, l’instabilité financière, et d’autres facteurs relatifs. Les résistants se voient comme en train de pousser un bâtiment délabré qui a déjà commencé à pencher. En effet, dans ce scénario de nombreuses perturbations viennent de l’intérieur de ce système, plutôt que des résistants.

Cette phase apporte des profits décisifs et significatifs. Même si les systèmes industriels et économiques principaux ne se sont pas complètement effondrés, des perturbations prolongées signifient une réduction de l’impact écologique; bonne nouvelle pour la planète, et pour la survie future des humains. Même une chute de 50% de la consommation industrielle ou de l’émission de gaz à effet de serre est une énorme victoire (surtout en considérant que les émissions ont continué à s’accroitre malgré tout l’activisme environnemental jusqu’ici), et cela offre un peu de temps aux résistants et aux autres.

Dans la partie la plus optimiste de ce scénario hypothétique, une résistance efficace conduit ceux au pouvoir à négocier ou à faire des concessions. Une fois que le mouvement de résistance est habilité à utiliser une vrai force et une vrai stratégie, cela ne peut être ignoré. Les gens au pouvoir commencent alors à enfoncer les portes des activistes ordinaires, suppliant de négocier des changements qui pourrait être en accord avec la cause du mouvement de résistance et réduire les futures actions.

Dans cette version du futur, cependant, les groupes de résistances commencent vraiment à prendre des initiatives. Ils comprennent que pour la majorité de l’histoire de la civilisation, ceux au pouvoir ont retenu les initiatives, forçant les groupes de résistance ou les peuples colonisés à rester sur la défensive, pour répondre aux attaques, et les maintenir constamment à l’écart. Cependant, l’inflation pétrolière et les perturbations des systèmes ont entrainé une série d’urgences pour ceux au pouvoir; certaines causées par les groupes de résistance, d’autres par les troubles civils dus à des pénuries, et d’autres encore sont les conséquences de siècles/millénaires d’exploitation sociales et écologiques. Pour peut-être la première fois dans l’histoire, les personnes au pouvoir dans le monde sont déséquilibrées et préoccupées par l’aggravation des crises qui s’enchainent. Cela offre une opportunité clé pour les groupes de résistance, et les cultures et communautés autonomes, de saisir et retenir l’initiative.

Objectifs

  • Cibler les points stratégiques de ces systèmes industriels spécifiques et économiques pour les perturber et les désactiver.
  • Provoquer une décroissance notable des activités et de la consommation industrielle.
  • Permettre des concessions, des négociations ou des changements sociaux si ceux-ci sont valables.
  • Conduire a l’effondrement de compagnies, d’industries ou de systèmes économiques particuliers.

Opérations

  • La plupart du temps décisives et de maintien, mais s’élaborant où c’est nécessaire pour perturber des systèmes. Les responsables et combattants devraient être de plus en plus aguerris à ce niveau de la phase, mais le commencement des actions sérieuses et décisives signifierait un abandon élevé chez les résistants. Il ne sert a rien d’être vague; les membres de la résistance, dans ce futur alternatif, qui sont attachés à la résistance militante vont en sachant qu’ils finiront soit mort, soit en prison. Ils savent que quelque chose de meilleur que cela est un cadeau à gagner grâce aux compétences et à la chance.

Organisation

  • Une utilisation intense des réseaux souterrains est requise; une coordination opérationnelle est un prérequis pour une perturbation efficace du système.
  • Le recrutement est continu à ce point; surtout pour recruter des auxiliaires et faire face aux pertes de membres. Toutefois, durant cette phase il y a plusieurs tentatives sérieuses d’infiltration. Les infiltrations ne sont pas efficaces comme elles auraient pu l’être, car les réseaux souterrains ont effectué un recrutement intense dans les étapes précédentes (avant les actions à grand impact/longue portée) pour assurer la présence de groupes de confiance des dirigeants et des responsables qui forment l’épine dorsale de ces réseaux.
  • Les organisations à ciel ouvert sont capables de mobiliser de manière répandue grâce aux différentes crises sociales, politiques et matérielles.
  • A ce point, les résistants militants commencent à être visés par les ripostes de personnes qui devraient être de leur côté, comme de nombreux libéraux, surtout pendant que ceux au pouvoir font pression sur les activistes à ciel ouvert.

Phase IV – Démantèlement Décisif de l’Infrastructure

Préambule

Le démantèlement décisif de l’infrastructure va un peu au-delà de la perturbation des systèmes. L’intention est de démanteler autant que possible l’infrastructure industrielle basée sur les énergies fossiles. Cette phase est le dernier recours; dans la prévision la plus optimiste, elle n’est pas nécessaire. Dans une prévision optimiste de ce scénario, crises et perturbation convergentes de l’infrastructure devraient être combinées avec un énergique mouvement à ciel ouvert pour forcer ceux au pouvoir à accepter des changements sociaux, politiques et économiques; les baisses dans la consommation devraient s’additionner à une véritable et sincère tentative de transition vers une culture durable.

Mais cette projection optimiste reste peu probable. Ce qui risque plutôt de se passer, c’est que ceux qui tiennent le pouvoir (et beaucoup de gens ordinaires) s’accrocheront à la civilisation alors même qu’elle disparait. Et probablement, ils soutiendront l’autoritarisme s’ils pensent que cela pourra permettre de maintenir leurs privilèges et leurs droits.

La question essentielle -sur laquelle nous revenons encore et encore- c’est le temps. Nous allons bientôt atteindre, (si ce n’est pas déjà fait) le point de déclenchement de l’emballement irréversible du réchauffement de la planète. La phase de perturbation des systèmes de ce scénario hypothétique offre plusieurs alternatives. Les perturbations dans ce scénario sont pensées pour avoir de l’impact sur les industries et tenter de minimiser l’impact sur les civils. Mais les systèmes industriels sont lourdement intégrés a l’infrastructure civile. Si des perturbations sélectives ne fonctionnent pas assez vite, quelque résistants pourraient conclure que toutes les perturbations possibles sont nécessaires pour éviter à la planète de partir en fumée.

La différence entre la phase III et IV de ce scénario peut sembler subtile, car elles impliquent, sur un plan opérationnel, des actions coordonnées pour perturber, à grande échelle, les systèmes industriels. Mais la phase III nécessite un peu de temps pour travailler l’affaiblissement des systèmes, pour mobiliser les gens et les organisations, pour construire une série d’actions perturbantes. La phase III donne aussi des « avertissements justes » pour que les personnes ordinaires puissent se préparer. De plus, la phase III donne du temps pour que la résistance se développe sur les points d’organisation et de logistique, ce qui est requis pour procéder à la phase IV. Les différences entre ces deux phases sont la capacité et la retenue. Pour que les résistants de ce scénario passent de la phase III à IV, ils ont besoin de deux choses: une organisation capable de mettre sur pied les actions requises pour la phase IV, et la certitude qu’il n’y a plus aucune raison d’attendre des reformes sociétales pour réussir avec leur propres moyens.

Dans ce scénario, ces deux phases sauvent des vies, qu’elles soient humaines ou non-humaines. Mais si une mobilisation à ciel ouvert de grande envergure n’arrive pas une fois que l’effondrement est en cours, la phase IV devient le meilleur moyen de sauver des vies.

Imaginez que vous montez dans un tramway dans une ville encombrée de piétons. Dans le tramway il y a les hommes civilisés, et dehors il y a toutes les vies non-humaines de cette planète, et les humains qui ne sont pas civilisés, ou qui ne tirent pas de bénéfices de la civilisation, ou qui ne sont pas encore nés. Inutile de dire que ces derniers dépassent largement en nombre le peu de vous qui êtes dans le tramway. Mais le conducteur du tramway est pressé, et accélère aussi vite qu’il peut, labourant la foule, blessant et tuant des piétons en masse. La plupart de vos compagnons de voyage ne semblent pas s’en soucier; ils doivent se rendre quelque part, et ils sont contents d’avancer peu importe le prix.

Certains passagers semblent énervés par la situation. Si le conducteur continue d’accélérer, disent-ils, il est possible que le tramway s’écrase et que les passagers soient blessés. Il n’y a pas à s’en faire, leur dit quelqu’un. Ses calculs montrent que les corps s’empilant devant la voiture pourraient éventuellement ralentir la voiture et l’amener vers un freinage en douceur. N’importe quelle intervention des passagers serait inutile, et provoquerait surement une réprimande de la part du chauffeur.Pire, un passager dérangeant pourrait être jeté du tramway qui lui roulerait dessus plus tard.

Vous, à l’inverse de la plupart des passagers, êtes plus concernés par le carnage constant à l’extérieur que par la sécurité future des passagers du tramway. Et vous savez que vous devez faire quelque chose. Vous pourriez sauter par la fenêtre et fuir, mais alors le tramway traverserait la foule, et vous n’auriez plus aucune chance d’intervenir. Alors vous décidez de tenter de saboter le tramway de l’intérieur, en coupant les fils électriques, activer le frein à main ou le faire dérailler, ou au moins faire ce que vous pouvez.

Dès que les autres passagers réalisent ce que vous êtes en train de faire, ils vont essayer de vous arrêter, et peut-être même de vous tuer. Vous devez décider si vous comptez arrêter le tramway rapidement ou lentement. Il se déplace si vite maintenant que si vous l’arrêtez soudainement, ça pourrait envoyer les passagers contre les sièges devant eux ou sur les côtés. Ça pourrait en tuer certains. Mais si vous arrêtez le tramway doucement, qui sait combien de personnes innocentes seront frappées par le tramway lors de la décélération ? Et si vous ralentissez seulement, le conducteur sera capable de réparer les dégâts et repartir de plus belle.

Alors, qu’est ce que vous faites? Si vous choisissez d’arrêter le tramway le plus vite possible, alors vous aurez fait les même choix que ceux qui ont conduit à la phase IV. Vous avez pris la décision qu’arrêter la destruction aussi vite que possible est plus important que n’importe quel programme de réforme. Bien sur, même en arrêtant la destruction aussi vite que possible, vous pouvez toujours prendre des mesures pour réduire les victimes à bord du tramway. Vous pouvez dire aux passagers de s’assoir et de boucler leurs ceintures ou de se préparer à l’impact. Le fait qu’ils vous écoutent est une autre histoire, mais cela relève de leur responsabilité, pas la vôtre.

Il est important de ne pas mal interpréter ce point de la phase IV de ce scénario d’un futur alternatif. Le but n’est pas de causer des victimes humaines. Le but est d’arrêter la destruction de la planète. L’ennemi n’est pas la population civile -ou n’importe quelle population- mais un système économique socio-pathologique et sociopolitique. La destruction économique de cette planète est causée à la base par les industries et le capitalisme; les questions de population en causent un tiers tout au plus. Le projet de faire s’effondrer l’infrastructure industrielle dans ce scénario n’a pas plus envie de blesser les humains que le projet d’arrêter le tramway sans blesser les passagers. Le but est de réduire les dégâts aussi vite que possible, faisant ça tout en tenant compte des préjudices causés par la culture qui domine les créatures vivantes, passées et futures.

Ce n’est pas une phase facile pour les résistants à ciel ouvert. Une partie de leur boulot dans ce scénario est aussi d’aider à démolir l’infrastructure, mais ils détruisent principalement les parties économiques ou politiques d’exploitations de l’infrastructure, pas l’infrastructure au niveau physique. En général, ils continuent de faire ce qu’ils faisaient dans la phase précédente, mais à plus grande échelle et à long terme. Le soutien publique est dirigé localement, démocratiquement et dans des systèmes politiques et économiques juste. Des efforts sont entrepris pour assurer en cas d’urgences et pour faire face au plus dures parties de l’effondrement.

Objectifs

  • Démanteler l’infrastructure physique et cruciale nécessaire pour le fonctionnement de la civilisations industrielle.
  • Provoquer l’effondrement industriel général, au delà du système économique et politique.
  • Utiliser les actions continues et coordonnées pour entraver les réparations et le remplacement.

Opérations

  • Se concentrer principalement sur des actions décisives et de maintien.

Organisation

  • Requiert des réseaux souterrains de militants bien développés.

Note: Alors que le mouvement de résistance s’organisera selon différentes phases et parties, l’organisation Deep Green Resistance est, sera toujours et s’est engagé à être seulement un groupe à ciel ouvert.