On ne va pas s’entendre

On ne va pas s’entendre

Par Ana Minski

« On ne va pas s’entendre, toi et moi »
Et l’homme, rangeant son fouet
s’en allait satisfait et très fier, sans voir
Dans les yeux noirs et sous le front plein d’éminence
L’âme de la femme livrée à la vengeance…

La menace, l’autorité, la violence détruisent nos vies d’enfants et d’adultes.

Nos mémoires et nos corps sont saturées de ces mots d’ordre, de ces injonctions à la soumission.

Quand un homme, auquel nous donnons notre confiance, en vient à vous les cracher au visage, mémoire et corps se cabrent ou s’effondrent.

Il espérait obéissance, mais toute mon âme, malgré mes tripes nouées, mon cœur piétiné, mes larmes brûlantes, s’est dressée.

Toute ma rage, mes souffrances enfouies, passées et à venir, se sont concentrées, j’ai bandé l’arc et j’ai tiré.

La froide rationalité, celle de l’ordre mâle qui méprise les éclats d’affects, de souffrance, d’amour ou de joie, celle qui transforme l’espace public en combats pour coqs tenus en laisse, est l’ennemie de nos luttes.

Contre elle nous nous liguons.

Aucune femme luttant pour ses droits ne doit être silenciée, méprisée, écrasée.

Le crime de lèse convenance est le couperet des privilégiés.

Aucune femme luttant contre la domination masculine ne doit être réduite à l’état « d’hystérique » ni comparée à ceux qui la violentent.

Nous ne voulons pas êtres polies, nous ne voulons pas être jeunes et jolies, nous ne ravalerons pas nos colères.

Comment lutter pour nos vies, parce que c’est bien de cela dont il s’agit, si nous acceptons que les bourreaux prennent le visage de la victime et se drapent d’une fierté offensée ?

Les hommes, TOUS LES HOMMES, ne sauront jamais ce que c’est qu’être née fille dans un monde dominé par des mâles en guerre.

Quant aux « femmes de droite », façonnées aux précieuses sensibleries de la société patriarcale, elles ne peuvent être des alliées.

Souvenons-nous que beaucoup encore défendent les hommes au mépris des enfants et des autres femmes.

La domination masculine nous façonne toutes et tous en vue de se reproduire et de s’étendre.

Il existe quelques rares hommes qui essaient de nous comprendre et aimeraient nous soutenir, mais pour cela encore faut-il qu’ils soient capable de ravaler leur orgueil, de faire un pas de côté, d’accepter qu’eux aussi reproduisent des comportements machistes.

Il leur faudra beaucoup de courage, c’est-à-dire beaucoup de cœur, pour ne pas se laisser bercer par les flatteries homophiles qui érodent lentement toutes les convictions et en premier lieu celle qui concerne le combat des femmes.

Il leur faudra beaucoup de courage pour accepter que l’intelligence du cœur, la seule intelligence véritable, ne peut exister sans compassion, respect et humilité.

Notre sororité n’est ni lâcheté, ni soumission mais une question de vie ou de mort, et surtout une connaissance joyeuse, active et intransigeante.

Nous avons tant à faire pour retrouver les chemins qui mènent à la tendresse du vivant.

Ana Minski.

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